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Les Grands Lacs
Atlas écologique et manuel des ressources

Chapitre un - Introduction: Les Grands Lacs

Chapitre deux - Processus naturels caractérisant les Grands Lacs

Chapitre trois - Les habitants et les Grands Lacs

Chapitre quatre - Les Grands Lacs d'aujourd'hui: Sujets d'inquiétude

Chapitre cinq - Gestion conjointe des Grands Lacs

Chapitre six - Nouvelles directions pour la communauté des Grands Lacs

Glossaire
Table de conversion (mesures métriques en mesures impériales)
Bibliographie et documentation suggérée
Sources des cartes et des photographies

LES GRANDS LACS AUJOURD'HUI - SUJETS D'INQUIÉTUDE

Chapitre

Q U A T R E

 

a nature sauvage est la matière à partir de laquelle l'homme a façonné l'oeuvre que l'on appelle civilisation... Aucun être humain ne verra plus jamais les pinèdes vierges des États des Grands Lacs, ou les vastes forêts de la plaine côtière, ou les feuillus géants...

- D'après Aldo Leopold

 

Distribution de la population
Distribution de la population
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Des portions de l'écosystème des Grands Lacs ont été modifiées pour mieux servir les besoins des populations humaines, et l'on se rend compte depuis peu de temps seulement des conséquences imprévues d'un grand nombre de ces modifications. Depuis 1960, on commence peu à peu à mieux comprendre l'importance de ces modifications et les incidences plus sérieuses de certaines activités humaines. Les plus importantes catégories d'incidences sont la pollution, la perte d'habitat et les espèces exotiques.

L'agriculture moderne a grande echelle qui depend fortement des engrais et des pesticides synthetiques constitute I'une des principales sources diffuses de pullution dans les Grands Lacs
L'agriculture moderne à grande échelle qui dépend fortement des engrais et des pesticides synthétiques constitue l'une des principales sources diffuses de pollution dans les Grands Lacs. (Great Lakes Program Office, U.S. EPA, Chicago (Illinois).)

La détérioration de la qualité des eaux a débuté avec la colonisation moderne. Tout d'abord, la pollution a été localisée. La mise en valeur des terres, l'exploitation des forêts et l'urbanisation ont provoqué l'envasement des cours d'eau et des marais littoraux et la pollution organique des zones portuaires. Les rejets urbains et industriels, les déversements occasionnels de pétrole et de produits chimiques et les effets de l'exploitation minière, ont laissé une partie des voies navigables et cours d'eau impropres à l'approvisionnement en eau et aux usages récréatifs. On a recouru au traitement des déchets pour éliminer les polluants biologiques qui menaçaient de façon immédiate la santé des populations. Dans certaines juridictions, des règlements ont été adoptés pour empêcher les déversements effectués inconsidérément dans les voies navigables et cours d'eau. Finalement, il a fallu que tout le bassin des Grands Lacs soit exposé à une sérieuse menace, pour que les autorités se rendent compte que tout l'écosystème des Grands Lacs était en voie de détérioration.

Organismes pathogènes

Au cours des années, la principale raison pour laquelle on a lutté contre la pollution des eaux a été d'empêcher la propagation des maladies transmises par l'eau. Les municipalités ont commencé à traiter l'eau potable en ajoutant du chlore, pour la désinfecter. Ceci s'est avéré une solution simple à un très sérieux problème d'hygiène publique dans tout le système d'alimentation en eau. On utilise toujours le chlore car ce produit peut détruire les organismes pathogènes dans tout le système.

Les êtres humains peuvent acquérir des maladies bactériennes, virales et parasitiques par contact direct du corps avec de l'eau contaminée, et aussi par consommation d'eau. Pour empêcher la transmission de maladies de ce type, il faut généralement fermer pendant l'été les plages où les bactéries coliformes humaines atteignent des concentrations plus élevées. On attribue généralement ce problème à la combinaison des égouts pluviaux et sanitaires dans les zones urbaines. Bien que l'on ait abandonné cette pratique, les systèmes d'égouts existants contribuent à aggraver les problèmes de contamination durant les périodes de forte pluviosité et de fort ruissellement dans les zones urbaines. Dans de telles circonstances, les installations de collecte et traitement des eaux usées ne peuvent correctement traiter les importants volumes d'eaux pluviales et d'eaux usées. Le résultat est que les eaux d'égout non traitées, dilués par le ruissellement des eaux urbaines, se déversent directement dans les cours d'eau.

Les mesures correctives peuvent être très coûteuses, si la solution préférée est le remplacement des égouts unitaires dans les zones urbaines, par des égouts séparés, pluviaux et sanitaires. Toutefois, on peut faire appel à d'autres techniques, comme la rétention des débordements d'égouts unitaires pour traitement ultérieur, qui permettraient de grandement alléger le problème à moindres coûts. Il est rare que l'on doive fermer des plages, depuis l'amélioration du traitement des eaux usées.

Eutrophisation et épuisement de l'oxygène

On peut caractériser les lacs d'après leur productivité biologique, c'est-à-dire d'après la quantité de matière vivante qui peut y subsister, principalement sous la forme d'algues. Les lacs les moins productifs sont appelés oligotrophes; ceux de productivité intermédiaire sont mésotrophes; les plus productifs sont eutrophes. Les variables qui déterminent la productivité sont la température, l'ensoleillement, la profondeur et le volume, et la quantité d'éléments nutritifs provenant de l'environnement.

Sauf dans les baies peu profondes et les marais littoraux, les Grands Lacs étaient oligotrophes avant le peuplement européen et l'industrialisation. Leurs dimensions, leur profondeur et le climat les ont maintenus continuellement froids et limpides. Les lacs recevaient de petites quantités d'éléments fertilisants tels que le phosphore et l'azote issus de matière organique en décomposition, et amenés par le ruissellement traversant des zones boisées. De petites quantités d'azote et de phosphore ont été aussi apportées par l'atmosphère.

Ces conditions ont changé. La température de plusieurs tributaires a été accrue par la pollution thermique et par l'élimination de la couverture végétale qui donnait de l'ombre. Mais, de façon plus significative, les quantités d'éléments nutritifs et de produits organiques pénétrant dans les lacs ont augmenté à mesure que s'intensifiaient l'urbanisation et le développement de l'agriculture. L'utilisation des détergents phosphatés et des engrais inorganiques a entraîné une augmentation de la concentration des éléments nutritifs. Bien que dans la plupart des États bordant les Grands Lacs, des lois régissent la concentration des phosphates dans les détergents, ces substances continuent de poser des problèmes là où il n'existe pas de réglementation.

La concentration accrue d'éléments nutritifs dans les lacs stimule la croissance des plantes vertes, y compris celles des algues. Le volume de matière végétale augmente rapidement, tout comme l'application d'engrais pour pelouses (azote, phosphore et potassium) donne lieu à une croissance rapide d l'herbe. Dans l'écosystème aquatique, cette abondante matière végétale finit par mourir, puis se dépose au fond et se décompose. Durant la décomposition des végétaux, les organismes décomposeurs utilisent l'oxygène dissous dans l'eau, à proximité du fond. Plus la matière végétale est abondante, plus il y a de matière subissant la décomposition et plus la consommation d'oxygène est importante. Dans des conditions normales, lorsque la charge d'éléments nutritifs est faible, les taux d'oxygène dissous restent élevés en raison de la diffusion d'oxygène dans l'eau, en raison du brassage de l'eau par les courants et par l'action des vagues, et en raison de la production d'oxygène par les végétaux chlorophylliens.

L'épuisement de l'oxygène par la décomposition de la matière organique est appelé demande biochimique d'oxygène (DBO), et résulte de deux causes différentes. Dans les tributaires et les ports, il est souvent dû aux produits contenus dans les déversements qu'effectuent les usines de traitement. Les algues en décomposition représentent l'autre cause principale. Dans les grandes baies et les eaux profondes, comme le bassin central du lac Érié, la demande biochimique d'oxygène par les algues est le principal problème.

À mesure qu'augmente la demande biochimique d'oxygène (DBO) et que diminuent les taux d'oxygène, certaines espèces de poissons peuvent mourir; les espèces plus résistantes à la pollution, qui exigent moins d'oxygène, comme les verres de vase et les carpes, remplacent les espèces originales. Les modifications que l'on observe dans la composition des espèces d'algues, d'organismes benthiques (ou benthos) et de poissons, sont par conséquent des indicateurs biologiques d'un épuisement de l'oxygène. La turbidité de l'eau et un accroissement de la quantité de chlorophylle accompagnent aussi la croissance accélérée des algues et indiquent une augmentation de l'eutrophisation.

Le lac Érié a été le premier des Grands Lacs à manifester un sérieux problème d'eutrophisation, parce qu'il est le moins profond et le plus chaud, donc le plus productif des lacs. Le lac Érié a aussi fait l'objet d'une mise en valeur précoce et accélérée de ses terres, à des fins agricoles et d'urbanisation. Environ un tiers de la population totale du bassin des Grands Lacs vit à l'intérieur de la zone de drainage du lac Érié; ce lac reçoit une plus grande quantité d'effluents que tout autre, à partir des installations de traitement des eaux usées.

On a pour la première fois signalé, à la fin des années 1920, l'épuisement de l'oxygène dans le bassin central peu profond du lac Érié. Des études ont démontré que la superficie touchée par l'épuisement d'oxygène augmentait en fonction du temps, bien qu'elle ait varié d'une année à l'autre, partiellement en raison des conditions météorologiques. On a pensé que l'eutrophisation en était la cause principale. Avant de pouvoir trouver des mesures palliatives, il a été nécessaire de déterminer quels éléments nutritifs étaient les plus importants, du point du vue de l'eutrophisation de plans d'eau précédemment mésotrophes ou oligotrophes. Vers la fin des années 1960, la communauté scientifique était d'avis que le phosphore était le principal élément nutritif parvenant dans les Grands Lacs, et qu'en réduisant l'apport de phosphore, on pourrait réduire l'eutrophisation.

Les eaux proches du fond, dans le bassin central du lac Érié, sont particulièrement susceptibles à l'épuisement de l'oxygène parce que ce lac se stratifie en été, en formant une couche relativement mince d'eau fraîche riche en oxygène, l'hypolimnion, qui est isolée des eaux de surface. L'oxygène disparaît rapidement de cette mince couche, par suite de la décomposition de la matière organique. Lorsque les taux d'oxygène dissous deviennent nuls, on considère que l'eau est anoxique. En présence de conditions d'anoxie, de nombreuses réactions chimiques se modifient, et les polluants déjà oxydés peuvent être transformés en produits plus facilement assimilables dans l'eau. Au contraire, le bassin ouest du lac n'est généralement pas susceptible à l'anoxie, parce que les vents permettent un brassage efficace de ce bassin peu profond, et empêchent ainsi une stratification complète. Le bassin est étant plus profond, l'hypolimnion épais contient assez d'oxygène pour empêcher l'apparition de conditions d'anoxie.

À la fois au Canada et aux États-Unis, l'opinion que le lac Érié était en train de mourir a partout accru l'inquiétude du public à propos de la pollution des eaux. Même un observateur peu attentif pouvait se rendre compte que le lac était en difficulté. Cladophora, algue verte filamenteuse qui prospère dans des conditions eutrophes, est devenue l'algue littorale dominante, et a recouvert les plages en formant des masses vertes et visqueuses. L'augmentation de la turbidité a donné aux lacs un aspect brun verdâtre ou trouble.

En réponse à l'inquiétude du public, les deux pays ont adopté de nouvelles lois antipollution, pour chercher à résoudre des problèmes de qualité des eaux, y compris le problème des charges de phosphore introduites dans les lacs. En 1972, le Canada et les États-Unis ont signé l'Accord sur la qualité de l'eau des Grands Lacs, de façon à entreprendre conjointement un nettoyage de ces lacs, pour surtout réduire les taux de phosphore introduits dans les lacs.

On a entrepris des études pour préciser les charges maximales de phosphore que peuvent tolérer les lacs sans que cela ne produise de conditions nuisibles ni n'altère l'intégrité du biote aquatique. On a ensuite produit des modèles mathématiques pour prédire les charges annuelles maximales de phosphore que les lacs seraient en mesure d'assimiler sans dépasser les concentrations souhaitées. On a alors intégré ces maximums au texte de l'Accord sur la qualité de l'eau des Grands Lacs. Suite à l'étude menée en 1983 sur les progrès accomplis par les mesures de traitement de l'effluent et de réglementation sur les phosphates de détergents, on a conclu qu'il fallait également limiter l'apport de phosphore des eaux de ruissellement. Dix ans plus tard, on avait atteint un taux de contrôle élevé relativement aux sources ponctuelles grâce à la réglementation, et il était évident que l'on pourrait atteindre les objectifs par le biais de l'amélioration des contrôles volontaires par rapport aux sources non ponctuelles.

L'effort concerté visant à réduire les charges de phosphore et l'eutrophisation connexe représente un succès international sans précédent.

On a réduit les charges de phosphore introduit dans les lacs à des taux inférieurs aux maximums précisés dans l'Accord à l'égard des lacs Supérieur, Huron et Michigan, tandis qu'elles sont au maximum ou presque en ce qui concerne les lacs Érié et Ontario. Les concentrations de phosphore se situent semblablement en-deça des maximums dans les lacs supérieurs et au maximum ou presque dans les lacs Érié et Ontario. Dans le bassin occidental peu profond du lac Érié, les concentrations sont près des maximums permis pendant les périodes calmes, mais varient beaucoup selon les conditions météorologiques et la remise en suspension des sédiments.

Le retour à des charges inférieures de phosphore n'a pas seulement entraîné une réduction de la croissance excessive des algues, cela a aussi modifié la composition de la population d'algues. Les espèces nuisibles ont cédé la place aux espèces plus bénéfiques et autrefois plus répandues comme les diatomées, éliminant ainsi certaines nuisances et améliorant la qualité de la chaîne trophique d'autres organismes.

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Contaminants toxiques

Panneau sur la riviere Grand Calumet, dans l'Indiana
Panneau sur la rivière Grand Calumet, dans l'Indiana. (Lake Michigan Federation, Chicago (Illinois).)

La contamination toxique de l'environnement et les risques qu'elle peut présenter pour la santé humaine sont la conséquence de l'accroissement de la production commerciale et de l'usage des produits organiques synthétiques et des métaux depuis les années 1940. Les dangers des substances toxiques présentes dans le milieu naturel ont été tout d'abord illustrés par l'étude de la rémanence, de la migration et des effets du produit pesticide DDT.

Les contaminants toxiques comprennent les produits chimiques organiques synthétiques et les métaux lourds qui peuvent être fortement nocifs en concentrations relativement faibles et causer des dommages lorsqu'il y a exposition chronique à des concentrations extrêmement faibles. Plusieurs contaminants présents en traces peuvent accroître les risques de cancer, de malformation congénitale et de mutation génétique à la suite d'une exposition à long terme.

Un grand nombre de substances toxiques tend à subir une bioaccumulation à mesure qu'elles remontent la chaîne trophique de l'écosystème aquatique. Alors que dans l'eau, les concentrations de produits chimiques toxiques tels que les BPC peuvent être si faibles qu'elles sont presque indécelables, leur bioamplification par la chaîne trophique peut augmenter leur taux, chez les poissons de type prédateur tels que les truites et saumons de grande taille, d'un million de fois. La bioamplification s'intensifie encore chez les oiseaux et autres animaux qui se nourrissent de poissons. Il est presque certain que les substances toxiques biocumulées continuent d'affecter les organismes aquatiques des lacs ainsi que les oiseaux et les autres animaux qui les consomment. Les organismes de santé publique et d'hygiène environnementale des États des Grands Lacs et de la province de l'Ontario diffusent des avertissements contre la consommation de certains poissons. Ceux-ci ne peuvent être vendus dans le commerce, parce qu'ils contiennent des taux élevés de BPC, de mercure ou d'autres substances.

La consommation de poisson représente pour les êtres humains un plus grand risque d'exposition aux substances toxiques provenant des Grands Lacs que par exemple la consommation d'eau ou la baignade. Ainsi, quelqu'un qui consommerait une truite fardée provenant du lac Michigan lors d'un repas serait exposé à une plus grande quantité de BPC en un seul repas, qu'en buvant pendant toute sa vie de l'eau puisée dans le lac.

Cette tumeur (fibrome ossifant) sur un dore noir des Grands Lacs resulteriat des effets carcinogenes des polluant toxiques
Cette tumeur (fibrome ossifiant) sur un doré noir des Grands Lacs résulterait des effets carcinogènes des polluant toxiques. (Great Lakes Program Office, U.S. EPA, Chicago (Illinois).)

Les personnes qui consomment de grandes quantités de poissons et d'animaux sauvages s'exposent davantage aux contaminants. Une plus grande exposition signifie des dangers plus graves pour la santé. Parmi les groupes exposés, notons les peuples autochtones, les pêcheurs sportifs et leurs familles ainsi que certains groupes ethniques dont le régime alimentaire repose en grande partie sur le poisson ou les produits sauvages. Des études épidémiologiques de résidents du Michigan ont montré que les gens qui consommaient régulièrement du poisson caractérisé par des taux élevés de BPC avaient de plus fortes concentrations de ce produit dans leur corps que les autres. Le rapport entre cette exposition et les effets sur la santé humaine est inquiétant.

Les constatations scientifiques récentes, fondées en grande partie sur des observations d'animaux, ont permis d'avancer que l'exposition à de faibles concentrations de certains contaminants peut avoir des effets subtiles sur la reproduction, le développement et d'autres paramètres physiologiques. Les effets peuvent facilement passer inaperçus à court terme mais, à plus long terme, ils peuvent produire de graves préjudices cumulatifs. De nouvelles études du bassin des Grands Lacs et ailleurs dans le monde se penchent maintenant sur les effets des contaminants persistants sur le système immunitaire, le système nerveux, le développement prénatal et postnatal, la fertilité et le développement des cancers.

On pense que la malformation du bec de ce cormoran serait due a l'effet de la contamination de la chaine trophique a des emplacements isoles dans les Grands Lacs
On pense que la malformation du bec de ce cormoran serait due à l'effet de la contamination de la chaîne trophique à des emplacements isolés dans les Grands Lacs. (Great Lakes Program Office, U.S. EPA, Chicago (Illinois).)

Les taux de maladie dans le bassin des Grands Lacs ne sont pas tellement différents de ceux des autres régions des États-Unis ou du Canada. Cependant, certains groupes peuvent être plus sensibles aux effets de l'exposition aux contaminants, comme le foetus et l'enfant croissant, les personnes âgées ainsi que les personnes dont le système immunitaire est déjà affaibli. De plus, comme les données sur ces types de conditions sont souvent incomplètes, il est très difficile d'établir des conclusions plus précises pour une population donnée.

Des chercheurs de la Wayne State University ont suivi depuis leur naissance des enfants nés de mères qui avaient mangé régulièrement au moins 11,8 kg de poisson contaminé du lac Michigan au cours d'une période de six ans. Cette étude a permis de faire le lien entre l'exposition aux BPC et la diminution du poids à la naissance, de la circonférence de la tête ainsi que de l'âge gestationnel des nouveaux-nés. Le suivi des enfants a permis de documenter des faiblesses subtiles de la mémoire à court terme et de certaines aptitudes cognitives. L'étroitesse du lien qui existe entre ces faiblesses et l'exposition aux contaminants fait encore l'objet de grandes divergences d'opinion, ce qui a poussé d'autres chercheurs à mener des enquêtes similaires chez des sujets humains ainsi que des essais en laboratoire avec des rats.

Les concentrations de BPC et d'autres contaminants toxiques présents dans les poissons des Grands Lacs ont chuté de façon significative depuis le temps que les mères étudiées ont été exposées. On a aussi relevé une présence moindre de contaminants dans le lait maternel. Malgré ces améliorations, les niveaux de contaminants dans les poissons demeurent assez élevés pour que l'on continue d'émettre des avertissements sur la consommation de certaines espèces et tailles de poisson. Ces avertissements visent plus particulièrement les femmes enceintes et les préadolescents pour qu'ils évitent toute exposition pouvant nuire à leur santé.

On a constaté que quelques-uns des produits chimiques retrouvés dans les lacs peuvent produire le cancer (carcinogènes) chez les animaux lorsqu'ils sont soumis à des doses élevées. Il est souvent difficile de déterminer si un produit chimique est carcinogène pour l'être humain car il arrive souvent que plusieurs années s'écoulent entre l'exposition d'origine et l'apparition d'un cancer. Aussi, certains facteurs externes peuvent contribuer au même type de cancer (le tabagisme est un facteur qui complique la tâche des chercheurs) et, de ce fait, sèment le doute sur le rôle exact d'un produit chimique donné. L'établissement de liens de cause à effet est aussi compliqué par les interactions entre des substances pouvant soit bloquer (par antagonisme) ou renforcer (par synergie) l'action d'un autre produit chimique.

On relève une inquiétude publique croissante à l'égard de certains contaminants qui imitent des hormones humaines, pouvant ainsi modifier les caractéristiques sexuelles ou d'autres fonctions hormonales. Le DDT, un des nombreux composés organiques chlorés pouvant partiellement imiter l'estrogène, est soupçonné d'avoir un certain rapport à un type de cancer du sein. D'autre part, des chercheurs étudient la possibilité que le TCDD, une forme de dioxine, puisse imiter l'estrogène, ayant comme résultat éventuel la féminisation des organes sexuels chez les mâles ainsi que la perturbation du développement d'autres caractéristiques sexuelles. On étudie également les effets possibles, sur la qualité du sperme, des composés ressemblant à l'estrogène.

La recherche se poursuit en vue de quantifier, à l'égard des divers groupes exposés et de la population en général, les degrés d'exposition réels aux contaminants toxiques des Grands Lacs, ainsi que sur les rapports entre l'exposition et les dangers pour la santé. Pour l'instant cependant, on doit continuer de prendre les mesures nécessaires pour réduire l'exposition au minimum et pour protéger la santé. Cela se fera sans doute en éduquant le public et en encourageant des modes de vie propres à éviter toute exposition inutile. Cependant, la dépollution et la prévention de la pollution demeurent les seules vraies solutions à long terme pour réduire l'exposition humaine et pour protéger et promouvoir la santé.

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Cheminements de la pollution

Alors que l'on cherchait à réduire l'importance des sources ponctuelles de pollution et à étudier les sources non ponctuelles, on a découvert que de nombreux polluants se déposaient sous forme de retombées atmosphériques. Comme les précurseurs des pluies acides, dont l'origine peut être entraînés très loin de leur source, et se déposer dans les lacs sous forme de précipitations humides et de précipitations sèches. On a tout d'abord identifié le phénomène des retombées atmosphériques d'un polluant dans le bassin des Grands Lacs, dans le cas du phosphore. En mesurant les retombées de phosphore dans les pluies, la neige et les poussières, on a démontré qu'environ 20 % de la charge de phosphore introduite dans le lac Michigan provenait de l'atmosphère. Cette source ne pouvant être contrôlée, on a tout d'abord insisté sur le besoin de réduire les taux de phosphore dans les détergents, dans les installations de traitement des eaux usées, et dans les ruissellements d'eaux contenant des engrais. On a identifié le phénomène des retombées atmosphériques de produits chimiques toxiques, en décidant de mesurer les taux de BPC dans les précipitations, après la découverte de ces produits chez des poissons des Grands Lacs en 1971. La découverte de BPC et de toxaphène chez des poissons provenant d'un lac d'Isle Royale, île distante du littoral du lac Supérieur et isolée de toute source directe connue de polluants, a confirmé qu'il y avait transport de ces substances à grande distance.

Sources et cheminements de la pollution
Sources et cheminements de la pollution


Le transport de substances tels les BPC est complexe car ils ont tendance à ne pas demeurer dissous dans l'eau; ils se volatilisent donc dans l'atmosphère ou se lient à des particules. Il s'ensuit donc que de grandes quantités de BPC se volatilisent pour quitter les Grands Lacs et que d'autres grandes quantités y sont déposées par l'immense réservoir de produits chimiques organiques de synthèse présents dans les masses d'air régionales et globales.

Remise en suspension des sediments
Remise en suspension des sédiments. Les sédiments pollués qui se sont déposés à partir de l'eau peuvent être agités et remis en suspension dans l'eau par les activités de dragage, par le passage des navires dans les chenaux, et par le vent et l'action des vagues. Les sédiments peuvent aussi être dérangés par les poissons et d'autre organismes benthiques.

Les sédiments qui ont été contaminés avant la réglementation des déversements de polluants constituent une autre source de pollution. Ces polluants in situ posent un problème dans la plupart des zones urbaines et industrielles. On pense qu'il y a libération de polluants par les sédiments, dans les canaux de jonction, comme les rivières Niagara, Saint-Claire et St. Marys, et dans les ports tels que ceux de Hamilton, Toronto et Grand Calumet, et dans les tributaires tels que les rivières Buffalo, Ashtabula et Black. Même lorsqu'il est possible de retirer des sédiments fortement contaminés des ports, leur enlèvement peut créer des problèmes, car une fois enfouis dans un dépotoir, pollueront les terres humides et les eaux souterraines. Les travaux de dragage effectués pour faciliter la navigation peuvent aussi créer des problèmes d'élimination des boues de dragage. Depuis les années 1960, il est interdit de déverser des sédiments fortement pollués directement dans les lacs. On a entrepris des projets de recherche et de démonstration aux États-Unis et à Canada en vue de trouver des moyens efficaces pour isoler, extraire et détruire les sédiments contaminés.

La migration des eaux souterraines constitue une autre voie de propagation des polluants. À mesure que l'eau traverse le sol, elle recueille des produits enterrés ou imprégnés dans le sol. La contamination de l'eau souterraine est généralement plus forte près des sites fortement contaminés, mais elle peut se propager sur d'assez vastes distances si le polluant avait servi de pesticide. Puisque l'épuration des eaux souterraines est une opération à la fois très difficile et très coûteuse, il va sans dire que la prévention est préférable.

Le ruissellement superficiel est le chemin suivi par une grande variété de substances qui pénètrent dans les lacs. Les activités agricoles libèrent des éléments nutritifs, des pesticides et des sols. Dans les régions urbaines, le ruissellement d'eau dans les rues contient les substances liées à la circulation automobile, par exemple du sel, su sable, de l'amiante, du cadmium, du plomb, des huiles et des graisses. Le ruissellement superficiel contient aussi un grand nombre de produits déposés par les précipitations; il peut s'agir de particules solides, de bactéries, d'éléments nutritifs et de substances toxiques.

Charges des polluants dans un système clos

Lorsqu'on étudie les cheminements de la pollution, il faut se rappeler que, dans le cas des Grands Lacs, à l'opposé des fleuves qui se déversent dans l'océan, les cheminements aboutissement dans les lacs. Peu importe si les polluants sont dilués dans l'eau profonde de grandes rivières ou emmagasinés provisoirement dans des particules de sédiment au fond d'un cours d'eau; ils aboutiront toujours dans les Grands Lacs et s'ajouteront à la charge totale.

Comme les lacs réagissent aux quantités totales de substances persistantes tout comme aux concentrations localisées, il importe de bien connaître la charge totale de polluants amenés à chaque lac par toutes les voies. L'Accord sur la qualité de l'eau dans les Grands Lacs reflète ce qu'on a observé à cet égard pour le phosphore.

À mesure que les possibilités d'analyse des laboratoires s'améliorent et que nos connaissances du cycle des substances toxiques persistantes dans l'écosystème se perfectionnent, il est possible de déterminer les charges totales. Cette information, combinée aux facteurs de bioaccumulation, nous aident à traduire les charges en concentrations prévisibles dans les biotes. Cela permettra éventuellement d'établir un échéancier de réduction des charges de polluants critiques en vue d'atteindre les objectifs de l'Accord.

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Contrôle des polluants


L'état des Grands Lacs
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À mesure que l'on a réussi à contrôler les décharges de sources industrielles et municipales dans les cours d'eau, on a commencé à mieux comprendre l'importance d'autres sources.

On appelle sources ponctuelles les déversements directs dans les cours d'eau. Comme ces sources appartiennent à des propriétaires précis et qu'elles sont facilement échantillonnées, les programmes réglementaires ont donné d'excellents résultats. Cependant, les sources non ponctuelles englobent le ruissellement urbain et agricole, le dépôt atmosphérique de polluants provenant d'automobiles et d'activités commerciales, ainsi que les sédiments et l'eau souterraine contaminés. Le contrôle des sources non ponctuelles est difficile en raison de leur nature diffuse, des rejets irréguliers et de l'absence de mesures institutionnelles pour appuyer les mesures de contrôle.

En vertu de la multitude d'agents contributifs épars, les sources non ponctuelles ne se prêtent pas très bien aux mesures réglementaires. Par conséquent, l'éducation du public, la prévention de la pollution et les mesures volontaires revêtent une importance capitale. L'importance de la prévention de la pollution est de plus en plus reconnue comme moyen efficace de lutte à la fois contre la pollution non ponctuelle et les polluants de sources ponctuelles qui continuent de causer des difficultés même après l'adoption de techniques de pointe. La prévention de la pollution met l'accent sur l'élimination des polluants avant qu'ils ne soient produits. Cela s'accomplit en changeant les méthodes de production et les charges d'alimentation, et en encourageant les consommateurs à utiliser des produits doux pour l'environnement.

Une méthode de prévention employée a été l'interdiction de produire ou d'extraire et d'utiliser certains produits chimiques ou métaux, et le rejet direct d'autres substances dans les cours d'eau. On a interdit la production et l'utilisation du DDT lorsqu'on s'est aperçu que ce pesticide causait l'amincissement des écailles d'oeufs d'oiseaux, nuisant ainsi à leur reproduction. Les concentrations de DDT dans l'environnement ont commencé à décroître immédiatement après l'adoption de la réglementation. Pour ce qui est des BPC, leur production a été interdite, mais leur usage fait l'objet d'un programme d'élimination graduelle.

Bioaccumulation et bioamplification

On rencontre en très faibles concentrations, dans la plupart des eaux naturelles, les éléments nécessaires à la croissance des végétaux (par exemple, l'azote et le phosphore). Pour obtenir des quantités suffisantes de ces éléments pour sa croissance, le phytoplancton doit les recueillir dans un volume d'eau relativement important.

En même temps qu'il recueille des éléments nutritifs, le phytoplancton absorbe aussi des produits chimiques synthétiques, comme certains pesticides rémanents. Ces derniers peuvent exister dans l'eau à des concentrations si faibles qu'on ne peut les mesurer même avec des instruments très sensibles. Toutefois, les produits chimiques s'accumulent biologiquement (subissent un bioaccumulation) dans l'organisme, et peuvent se concentrer à des taux beaucoup plu élevés dans les cellules vivantes que dans l'eau libre. Ceci est d'autant plus vrai dans le cas des produits chimiques rémanent - substances qui ne se décomposent pas facilement dans l'environnement - comme le DDT et les BPC qui sont emmagasinés par les tissus adipeux.

 

Les produits chimiques organiques remanents tels que les BPC, subissent un bioaccumulation. Le diagramme montre le degre de concentration a chaque niveau de la chaine trophique aquatique des Grands Lacs, dans le cas des PCB (en parties par million, ppm)
Les produits chimiques organiques rémanents tels que les BPC, subissent un bioaccumulation. Le diagramme montre le degré de concentration à chaque niveau de la chaîne trophique aquatique des Grands Lacs, dans le cas des PCB (en parties par million, ppm). Les taux les plus élevés apparaissent dans les oeufs d'oiseaux piscivores comme ceux des goélands argentés.

Les poissons de petite taille et le zooplancton consomment de grandes quantités de phytoplancton. C'est ainsi que tout produit chimique toxique accumulé par le phytoplancton se concentre encore dans l'organisme des animaux qui se nourrissent de ce phytoplancton. Ce processus se répète à chaque étape de la chaîne trophique. Ce processus d'accroissement de la concentration, en remontant la chaîne trophique, est appelé bioamplification.

Les prédateurs du sommet ou de l'extrémité d'une longue chaîne trophique, tels que la truite fardée, les saumons de grande taille et oiseaux piscivores comme les mouettes et goélands, peuvent accumuler dans leur organisme des concentrations si élevées d'un produit chimique toxique, qu'elles peuvent entraîner de sérieuses malformations congénitales ou la mort, même si la concentration de ce produit en eau libre est extrêmement faible. La concentration de certains produits chimiques dans les tissus adipeux de prédateurs du sommet de la chaîne trophique, peut être un million de fois plus élevée que leur concentration en eau libre.

Les oeufs des oiseaux aquatiques contiennent souvent les plus fortes concentrations de produits chimiques toxiques, parce que les oiseaux en question se situent à l'extrémité d'une longue chaîne trophique aquatique, et que le jaune de l'oeuf est riche en matières grasses. Ainsi, les premiers effets apparents des produits chimiques présents dans un lac se manifestent par la présence de poussins morts ou présentant des malformations. Les chercheurs surveillent les colonies de mouettes et goélands et d'autres oiseaux, puisque ces effets peuvent représenter l'avertissement précoce d'un problème croissant de contamination par un produit chimique. Ces chercheurs recueillent aussi des oeufs de bouettes pour les soumettre à une analyse chimique, les taux de produits chimiques étant décelables dans les oeufs bien avant d'atteindre des taux mesurables en eau libre.

La recherche de ce type est importante, puisque les êtres humains sont des consommateurs à l'intérieur de la chaîne trophique des Grands Lacs. De plus, les êtres humains sont au sommet de plusieurs chaînes alimentaires, mais ils ne subissent pas une exposition aussi importante que chez les goélands argentés, par exemple. Cela s'explique du fait que l'être humain a un régime varié qui est composé d'aliments de tous les niveaux de la chaîne, tandis que le goéland se nourrit principalement de poisson. Toutefois, les préoccupations concernant les effets à long terme chez l'être humain d'une exposition à de faibles concentrations de polluants, et sur les incidences chez les personnes qui consomment beaucoup de poisson et de gibier contaminés, soulignent l'importance de porter une attention toute particulière aux effets nocifs déjà vécus et fort bien documentés.

Habitat et biodiversité

L'habitat dans le bassin des Grands Lacs a été considérablement modifié depuis l'arrivée des colons européens, particulièrement au cours des 150 dernières années. Presque toutes les forêts existantes ont été coupées au moins une fois, et les sols des forêts ou des prairies propices à l'agriculture ont été défrichés ou envahis par les bovins. Cela, de paire avec la construction de barrages et l'urbanisation, a provoqué d'immenses changements chez les populations végétales et animales. Les cours d'eau ont été modifiés non seulement par des obstacles directs, mais aussi par la sédimentation et l'altération du ruissellement due aux différentes exploitations et à l'augmentation de la température produite par l'élimination de la végétation voisine.

Les terres humides constituent une catégorie clé d'habitat dans le bassin vu leur importance pour la flore et la faune aquatiques. De nombreuses terres humides naturelles ont été comblées ou drainées dans toute la partie sud de la région à des fins agricoles, d'urbanisation, de mise en valeur du littoral, dans un but récréatif, en vue de l'extraction des ressources (extraction de la tourbe). On estime par exemple qu'entre 70 et 80 % des terres humides initialement présentes dans le sud de l'Ontario ont disparu depuis le début de la colonisation européenne, et les pertes dans la portion américaine du bassin sont de l'ordre de 42 % au Minnesota à 92 % en Ohio. Les gouvernements continuent à encourager ces pratiques, en offrant aux fermiers des subventions pour le drainage des sols. La perte de ces terres pose des problèmes spécifiques du point de vue des processus hydrologiques et de la qualité de l'eau, étant donné que les terres humides assurent l'emmagasinement et l'épuration naturels des eaux. De plus, la perte rend difficile la conservation et la protection de certaines espèces de la faune sauvage qui ont besoin de terres humides pour une partie ou l'ensemble de leur cycle de vie.

Par biodiversité, on entend à la fois le nombre d'espèces et la diversité génétique de chaque population. Certaines espèces ont disparu suite aux changements survenus dans le bassin des Grands Lacs tandis que bien d'autres sont menacées d'extinction ou de perdre leur importante diversité génétique. Le rétablissement de certaines espèces très visibles comme les aigles et les cormorans a été très dramatique, mais d'autres espèces moins connues demeurent menacées.

La perte de diversité (ou variabilité) génétique chez une espèce est une situation moins bien comprise. À titre d'exemple, prenons le cas de la perte de stocks génétiques de poissons qui fraient ou s'alimentent instinctivement dans certains endroits ou en certaines conditions. On croit qu'il s'agit là d'un facteur pouvant expliquer le pauvre rétablissement de certaines espèces comme la truite fardée qui ne semble pas être en mesure de conserver des populations naturellement reproductibles sauf dans le lac Supérieur. Même en cet endroit cependant, toutes les souches génétiques de la truite fardée qui frayaient autrefois dans les tributaires ont disparu. En outre, l'absence de diversité d'une espèce peut accroître la vulnérabilité de la population à des pertes catastrophiques dues à une maladie ou à un important changement des conditions de l'environnement.

Maintenant que plusieurs genres de pollution ont été maîtrisés et réduits, on reconnaît que l'habitat est un élément fondamentalement important de la santé de l'écosystème des Grands Lacs. À mesure que l'on déchiffre les complexités des interactions physiques, chimiques et biologiques de l'écosystème, il devient évident que l'on ne peut étudier un quelconque élément indépendamment. Pour protéger tout élément vivant, c'est son habitat et sa niche dans le système qu'il faut protéger.

Espèces exotiques

Ce chariot d'epicerie a ete laisse dans des eaux infestees, de moules zebrees pendant quelques mois. Les moules ont colonise le chariot tout entier
Ce chariot d'épicerie a été laissé dans des eaux infestées de moules zébrées pendant quelques mois. Les moules ont colonisé le chariot tout entier. (J. Lubner, Wisconsin Sea Grant, Milwaukee (Wisconsin).)

L'introduction d'espèces exotiques (non indigènes) de plantes et d'animaux a également produit des changements importants. Dans les lacs, la lamproie de mer, la carpe, l'éperlan, le gaspareau, le saumon du Pacifique et les moules zébrées, pour n'en nommer que quelques-uns, ont eu des incidences très visibles. Les effets de centaines d'autres organismes envahisseurs sont moins évidents, mais ils peuvent être graves. Sur la terre, les plantes envahisseuses comme la salicaire et le nerprun cathartique continuent de chasser les espèces indigènes. En certains endroits, d'importants changements de la végétation terrestre ont été causés par les activités de lutte contre les incendies. Toutes ces perturbations ont entraîné des changements dans les habitats aquatiques et terrestres, provoquant d'autres changements chez les populations végétales et animales. Tout cela a perturbé les communautés complexes de plantes et d'animaux qui avaient ainsi évolué au cours des millénaires précédant la colonisation. La destruction de ces communautés complexes par les exploitations du territoire ou par l'invasion d'espèces exotiques s'est soldée par une perte de biodiversité.

Conseils à propos de la consommation de poisson

C'est en 1971 que le premier avertissement a été émis à l'intention des personnes qui consomment du poisson capturé dans les Grands Lacs. Ces avis, émis par les gouvernements des États et des provinces bordant les lacs, conseillent d'éviter ou de réduire la consommation de certaines espèces et tailles de poisson, en raison des produits chimiques que ces poissons contiennent. Ces avis sont maintenant émis régulièrement afin de limiter l'exposition aux contaminants et de protéger la santé.

Étant donné l'incertitude qui règne dans la communauté scientifique à propos de la toxicité de ces produits chimiques pour l'être humain, les autorités des régions entourant les lacs donnent des conseils différents. Toutefois, dans tous les cas, en suivant les conseils donnés, on réduira l'exposition aux produits toxiques, et par conséquent, le risque d'en subir les effets néfastes. Les personnes qui consomment beaucoup de poissons capturés devraient porter attention à ces avis. Aussi, parce que le foetus et l'enfant en développement sont les plus susceptibles aux effets néfastes de l'exposition aux contaminants, les quantités de poisson consommé recommandées sont très réduite pour les femmes en âge de procréation, les femmes enceintes et les enfants de moins de 13 ans.

Le poisson procure une alimentation importante et, quoiqu'il soit possible de réduire l'exposition aux contaminants en respectant les consignes, on peut également apprêter et cuire le poisson de différentes manières de sorte à réduire ou éliminer une grande partie de certains contaminants. Puisque certains contaminants persistants s'accumulent dans les tissus adipeux, on peut les éviter en retranchant la graisse visible et en faisant bouillir le poisson plutôt que de le faire frire pour faire fondre la graisse. Aussi, en limitant la consommation d'organes de poisson, on réduit l'exposition au mercure. Les guides ou feuillets d'avertissement offrent souvent ces conseils de cuisson. Pour plus de détails, les consommateurs doivent communiquer avec leurs organismes de santé publique et d'hygiène environnementale avant d'apprêter ou de consommer du poisson provenant des Grands Lacs ou de leurs tributaires.

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Développement durable

La prévention de la pollution, la protection et le rétablissement de l'habitat, la protection de la biodiversité, la compréhension de l'écosystème et l'assainissement de vieux problèmes de pollution font tous partie du développement durable. L'expression développement durable s'est fait brandir publiquement d'abord dans le rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, connu sous l'appellation Rapport Bruntland . Ce rapport, intitulé Notre avenir à tous , a défini le concept comme étant le processus de changement par lequel l'exploitation des ressources, l'orientation des investissements, des développements techniques et des changements institutionnels sont entrepris en tenant compte des besoins actuels et futurs. Si les parties contractantes de l'Accord sur la qualité de l'eau des Grands Lacs veulent atteindre l'objectif de rétablir et de maintenir l'intégrité chimique, physique et biologique des eaux de l'écosystème du bassin des Grands Lacs , il est évident que les deux pays doivent à tout prix viser le développement durable.

Ce n'est que lorsque cette intégrité aura été rétablie ou maintenue que l'on aura atteint le développement durable. Le concept d'intégrité d'un écosystème reconnaît que chaque écosystème possède des mécanismes qui y assurent stabilité et résilience. L'intégrité comprend aussi la capacité du système à demeurer intacte, à se régulariser face aux contraintes internes ou externes, et à évoluer vers une complexité croissante et l'intégration.

Secteurs géographiques préoccupants

Secteurs géographiques préoccupants

Utilisations diminuées 

Dans l'ensemble, la qualité de l'eau des lacs s'améliore grâce aux progrès accomplis du point de vue de la réduction des déversements directs de déchets par les municipalités et l'industrie, conformément aux lois environnementales adoptées depuis les années 1960. Toutefois, quelques régions sont encore sujettes à de sérieuses restrictions d'usage de l'eau (consommation, pêche, baignade, etc.), et ne respectent pas les normes et objectifs écologiques.

Dans tout le bassin, subsistent de sérieux problèmes dans des endroits identifiés comme étant des secteurs préoccupants . Ces secteurs sont les régions géographiques où l'usage courant de l'eau est rendu difficile, ou bien ceux où les biotes ont subi des effets adverses, ou bien les zones où les critères environnementaux sont enfreints à tel point que des restrictions d'usage de l'eau sont probablement nécessaires. La raison pour laquelle on définit des secteurs préoccupants est que l'on veut inciter les autorités responsables à planifier des mesures correctives qui prévoient en détail la remise en état des ces zones touchées par un problème aigu et localisé, et le rétablissement des usages auxquels elles se prêtaient. On classe ces secteurs suivant leur degré de remise en état. On ne s'attend pas à ce que les programmes courants actuels suffisent à y ramener la qualité de l'eau à des niveaux acceptables. Les autorités responsables établissent des plans d'action pour guider les activités particulières d'assainissement dans les 42 secteurs touchés (un tel secteur, le port de Collingwood, a été assaini).

La plupart des secteurs préoccupants surveillés par la Commission mixte internationale (CMI) se situent près de l'embouchure d'affluents, où se trouvent les villes et industries. Plusieurs de ces secteurs se situent le long des canaux qui relient les lacs. Les polluants s'y concentrent en raison des rejets directs de déchets effectués pendant un temps prolongé à partir de sources locales, de la lixiviation des contaminants à partir de sources non ponctuelles, et de l'accumulation des polluants venant d'amont. Presque tous les secteurs faisant l'objet d'une surveillance contiennent des sédiments contaminés.

Durant la dernière décennie, la nature des problèmes associés à ces régions s'est modifiée. Par exemple, à mesure que l'on est parvenu à recréer la concentration d'oxygène dissous et à réduire les taux de certains produits toxiques tels que le plomb et le mercure, il s'est avéré que le problème de l'oxygène dissous avait dissimulé d'autres problèmes de contamination toxique. Dans ces secteurs, il est nécessaire de poursuivre l'assainissement et la prévention.

Les plans sont uniques du fait qu'ils mettent l'accent sur des partenariats à la fois multidisciplinaires, multiorganismes et multi-intervenants. En développant un consensus local sur les problèmes environnementaux, leurs causes et les étapes clés pour les résoudre, ces plans offrent un cadre d'action qui attribue clairement les objectifs et les responsabilités.

Principales propositions sur la dérivation des eaux

On a fait un certain nombre de propositions concernant la dérivation à grande échelle des eaux, à partir des régions bien alimentées de l'Amérique du Nord vers les régions sèches dont la population et l'industrie se développent. Généralement, les plans consistent à acheminer d'un bassin à l'autre, l'eau des Grands Lacs, ou à acheminer les eaux de l'arctique canadien vers le sud, jusque dans l'ouest des États-Unis. Les entrepreneurs du secteur privé intéressés à vendre l'eau ou à bénéficier d'une amélioration de l'approvisionnement en eau dans leur région, ont souvent proposé de vastes projets techniques qui permettraient de réaliser ces plans.

Pendant les années 1960, une société d'études californienne a proposé la fondation d'une alliance nord-américaine pour l'utilisation des ressources en eau et en électricité North American Water and Power Alliance (NAWAPA). Ce plan consistait à détourner des eaux venant de l'Alaska et du nord-ouest du Canada à travers une grande vallée des Rocheuses canadiennes (sillon des Rocheuses), pour les acheminer jusqu'au Mexique par un réseau de canaux et cours d'eau. Durant les années 1970, on a cherché sans succès à ressusciter le projet NAWAPA.

Agrave; la demande du Congrès, l'Army Corps of Engineers des États-Unis a étudié la possibilité de dériver les eaux des Grands Lacs par l'intermédiaire du fleuve Mississippi, pour compenser l'épuisement rapide des eaux souterraines de la nappe aquifère d'Ogallala dans les États des hautes plaines du Nebraska, du Kansas, de l'Oklahoma et du Texas. Au Colorado, il a été proposé de construire un aqueduc ou un pipe-line permettant d'acheminer l'eau des Grands Lacs jusque dans les régions du sud-ouest dont l'économie se développe rapidement. Ces deux propositions ont été rejetées par tous les États des Grands Lacs et par la province de l'Ontario.

En 1985, a été évoqué à nouveau le projet intitulé Great Recycling and Northern Development (GRAND) Canal (Grand canal pour le recyclage des eaux et le développement du Nord), idée qui avait déjà été proposée durant les années 1950. Dans ce plan, on prévoyait transformer la baie James en un lac d'eau douce, et construire un barrage pour empêcher le brassage des eaux douces avec les eaux salées provenant de la baie d'Hudson, puis amener, par pompage, l'eau douce au-dessus de la ligne de partage des eaux arctiques, jusqu'aux Grands Lacs. À son tour l'eau des Grands Lacs serait détournée, et vendue aux États de l'Ouest. Selon les estimations, la réalisation de ce projet exigerait 100 milliards de dollars (canadiens), ainsi que l'appui de l'Ontario, du Québec, de tous les États des Grands Lacs, ainsi que du gouvernement fédéral d'un pays et de l'autre.

Immanquablement, ces propositions n'ont pu se matérialiser pour des raisons économiques. Toutefois, de plus en plus, les préoccupations d'ordre écologique expliquent l'opposition à ces projets, l'incidence environnementale des dérivations à grande échelle n'ayant pas été évaluée de façon adéquate. Dans la charte de 1985 sur les Grands Lacs, tous les gouverneurs des États et les premiers ministres de l'Ontario et du Québec se sont entendus pour coopérer à propos de tout projet de dérivation des eaux.

Autres sujets de préoccupation à propos du bassin hydrographique

On oublie souvent la pollution atmosphérique lorsqu'on traite de la qualité de l'eau et de la santé. Les contaminants toxiques persistants sont transportés sur de grandes distances dans l'air avant d'être déversés dans les Grands Lacs où ils s'intègrent à la chaîne alimentaire.

Les précipitations acides produites par l'usage continu des combustibles fossiles, dans le secteur des transports et dans celui de la production d'électricité, ainsi que par les émissions des fonderies, peuvent sérieusement réduire la qualité des écosystèmes aquatiques. Les petits lacs et tributaires qui alimentent les Grands Lacs sont particulièrement susceptibles. Étant donné que la majeure partie de leur bassin contient dans son sous-sol des calcaires sédimentaires, les Grands Lacs sont spontanément capables d'exercer un effet tampon vis à vis des pluies acides. Toutefois, on s'inquiète toujours des lacs et des affluents de la forêt boréale dans le bouclier canadien. En Ontario, au Minnesota et au Michigan, l'acidification est déjà évidente dans un grand nombre de lacs de faible étendue.

Le brouillard sec (ou smog ) préoccupe les habitants du bassin des Grands Lacs. Les émissions d'automobiles concentrées dans les zones urbaines contribuent beaucoup à la formation de smog. L'ozone de la basse atmosphère est un des principaux éléments du smog dans le bassin inférieur des Grands Lacs. Des études récentes ont relevé une augmentation du nombre d'hospitalisations dues aux troubles respiratoires pendant les périodes où l'ozone de la basse atmosphère et les concentrations de sulfates dépassaient les normes.

Le littoral des Grands Lacs est soumis à des contraintes continuelles. Dans la région aval des Grands Lacs, il reste peu de terrains non aménagés. La plupart des propriétés bordant les lacs appartiennent à des particuliers, et donc les terres ne peuvent être protégées que de façon restreinte par l'administration publique. Les pertes dues à l'érosion sont élevées, en raison des travaux intensifs d'aménagement et de mise en valeur, et de la perte de la couverture végétale et d'autres protections naturelles. Les dommages dus aux inondations sont aussi un problème, en particulier durant les périodes de crues. Les dommages causés par les inondations et l'érosion aux propriétés privées ont incité le public à exiger que les gouvernements régularisent mieux les niveaux des lacs en utilisant des dérivations et des structures de régulation des eaux dans les canaux de décharge (voir chapitre trois). Depuis quelques années, le public réclame de plus en plus vivement de pouvoir accéder aux lacs, à des fins d'activités récréatives, et l'on prévoit accéder aux lacs, à des fins d'activités récréatives, et l'on prévoit qu'il continuera à le demander. Actuellement, le développement le plus rapide reste la construction de marinas servant à la navigation de plaisance.

On a aussi examiné le cas de la vente d'eau comme produit de base aux régions se développant rapidement, faiblement alimentées en eau, comme le centre ouest et le sud-ouest des États-Unis. On a envisagé des projets de dérivations mineures d'eau hors du bassin ou même des projets gigantesques qui apporteraient des modifications de grande envergure à l'écoulement naturel, depuis la baie James en passant par le bassin des Grands Lacs jusqu'aux États américains de la zone d'ensoleillement maximum. Les écologistes et autres qui craignent les conséquences incalculables d'une manipulation aussi importante des bassins-versants naturels s'opposent à de tels projets.

Les changements climatiques représentent une menace à long terme pour l'écosystème des Grands Lacs. Si cela se traduisait par l'abaissement du niveau des lacs, il y aurait moins d'érosion du littoral mais, au bas mot, cela causerait des ennuis à la navigation et aux terres humides. L'écosystème a déjà survécu à bien des changements climatiques, mais le réchauffement du globe pourrait se produire beaucoup plus rapidement, ce qui ne laisserait pas aux espèces végétales le temps de s'adapter ou d'émigrer vers des lieux plus favorables.

Ce serait une tragique ironie, si n'ayant pu contrôler la pollution des lacs et les effets de l'aménagement du bassin, nous devions considérer l'immensité des lacs, et nous rendre compte que nous avons endommagé pour toujours des ressources naturelles essentielles.

 


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