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Les Grands Lacs
Atlas écologique et manuel des ressources

Chapitre un - Introduction: Les Grands Lacs

Chapitre deux - Processus naturels caractérisant les Grands Lacs

Chapitre trois - Les habitants et les Grands Lacs

Chapitre quatre - Les Grands Lacs d'aujourd'hui: Sujets d'inquiétude

Chapitre cinq - Gestion conjointe des Grands Lacs

Chapitre six - Nouvelles directions pour la communauté des Grands Lacs

Glossaire
Table de conversion (mesures métriques en mesures impériales)
Bibliographie et documentation suggérée
Sources des cartes et des photographies

GESTION CONJOINTE DES GRANDS LACS

Chapitre

C I N Q

 

Ecoregions, milieux humides et bassins versants
Écorégions, milieux humides et bassins versants
(187 GIF)

La notion d'une méthode de gestion des Grands Lacs basée sur l'étude de l'écosystème découle de l'expérience conjointe du Canada et des États-Unis. Les recherches, la surveillance et l'engagement à la protection des Grands Lacs, par les gouvernements et les citoyens des deux pays ont donné naissance à une évolution dans la compréhension des dommages à l'environnement causés par l'exploitation des ressources naturelles du bassin. Cette évolution a créé le besoin d'une participation à plusieurs niveaux. La gestion de l'écosystème exige la participation de tous les paliers de gouvernement, ainsi que de l'industrie et d'organisation non gouvernementales, chacun avec ses propres responsabilités et opérant souvent sous forme de partenariats pour protéger l'écosystème du bassin.

Initialement, on considérait la pollution des eaux comme un problème distinct. L'expérience ayant démontré le lien entre l'utilisation des terres, de l'atmosphère et des ressources en eau, on s'est davantage rendu compte du besoin de tenir compte des diverses relations existant à l'intérieur de l'écosystème. Le Canada et les États-Unis, s'inquiétant tous deux de la protection et de l'utilisation des eaux qu'ils partagent, ont créé des institutions qui favorisent une gestion conjointe.

On a considéré comme purement locaux et spécifiques les premiers changements devenus apparents en raison de la colonisation et de l'aménagement intensifs des terres. Initialement, on a cherché à l'échelle locale des solutions aux problèmes tels que la contamination bactérienne à proximité des villes, la sédimentation de l'embouchure des tributaires, et la pollution industrielle. Habituellement, la solution consistait à diluer des décharges de polluants, ou à effectuer ces décharges en d'autres endroits. Finalement, la pollution tout d'abord localisée a commencé à toucher des lacs entiers, et à susciter des inquiétudes dans tout le bassin hydrographique.

Le traité de 1909 sur les eaux limitrophes

En 1905, la Commission internationale sur les voies navigables a été créée; celle-ci devait conseiller les gouvernements des deux pays à propos des niveaux et du débit des Grands Lacs, surtout en rapport avec la production d'hydro-électricité. Ses pouvoirs consultatifs limités se sont avérés insuffisants dans le cas de problèmes liés à la pollution ex aux dommages écologiques. L'une de ses premières recommandations a été l'établissement d'un organisme doté d'une plus grande autorité, qui puisse étudier les problèmes plus vastes des eaux limitrophes, et puisse formuler des décisions de caractère définitif.

Signé en 1909, le Traité sur les eaux limitrophes prévoyait la création de la Commission mixte internationale (CMI). Cette commission est investie de l'autorité pour résoudre les conflits sur l'emploi des ressources en eaux qui traversent la frontière internationale. La majorité de ses efforts, à propos des Grands Lacs, ont consisté à réaliser des études demandées par les gouvernements, et à conseiller ces gouvernements sur les problèmes existants.

En 1912, la pollution de l'eau a été l'un des premiers problèmes dont la CMI se soit vu confier l'étude. En 1919, après plusieurs années d'études, cette Commission a conclu que les problèmes sérieux de qualité des eaux exigeaient que soit établi un nouveau traité visant à lutter contre la pollution. Toutefois, aucune entente n'a été décidée.

Des études additionnelles réalisées durant les années 1940 ont apporté de nouveaux sujets de préoccupation à la CMI. La Commission a recommandé que soient établis des objectifs de qualité des eaux pour les Grands Lacs, et que des comités consultatifs techniques soient créés, qui assurent une observation et une surveillance continues de la qualité des eaux.

Pendant toutes les années 1950, les inquiétudes du public et des autorités scientifiques à propos de la pollution des Grands Lacs ont augmenté, à mesure que se manifestait une eutrophisation accélérée. En 1964, la CMI a été chargée d'entreprendre une nouvelle étude sur la pollution des Grands Lacs inférieurs. Dans le rapport sur cette étude, publié en 1970, on attribuait principalement l'eutrophisation à des concentrations excessives de phosphore.

Dans l'étude, des mesures à l'échelle du bassin hydrographique étaient proposées pour réduire les charges de phosphore à partir de toutes les sources. On a reconnu que pour réduire les concentrations de phosphore, il fallait limiter les sources locales de ce produit. On a demandé que soient imposées des limites uniformes sur les rejets d'effluents, pour toutes les industries et tous les réseaux de traitement des eaux usées urbaines de l'ensemble du bassin. Les recherches ont indiqué que le ruissellement superficiel pouvait aussi être une importante source d'éléments nutritifs et d'autres polluants introduits dans les lacs. Le résultat de l'étude demandée a été la signature de la première Entente sur la qualité de l'eau des Grands Lacs en 1972.

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La Commission mixte internationale

Le Traité de 1909 sur les eaux limitrophes établissait l'existence de la Commission mixte internationale au Canada et aux États-Unis. Ce traité créait un mode unique de coopération quant à l'utilisation de toutes les voies navigables et cours d'eau traversant la frontière entre les deux nations, y compris les Grands Lacs.

La CMI comprend six membres, trois nommés dans l'un et l'autre pays par le chef du gouvernement fédéral. Les auteurs du traité de 1909 sur les eaux limitrophes ont considéré la Commission non comme composée de délégations nationales distinctes, mais comme un seul organisme cherchant à trouver des solutions communes, dans l'intérêt commun des deux pays. Tous les membres doivent agir indépendamment des préoccupations nationales, et peu de décision de la CMI ont été prises selon des orientations nationales.

Conformément au traité original, la CMI est investie de trois types des responsabilités à propos des Grands Lacs. Tout d'abord, elle dispose d'une autorité limitée pour approuver les demandes d'utilisation, d'obstruction ou de dérivation des eaux limitrophes de part et d'autre de la frontière, si ces activités ont une influence sur le niveau ou le débit naturels de part et d'autre de la frontière. En vertu de ces pouvoirs, c'est la CMI qui détermine comment seront opérés les ouvrages de régulation sur la rivière St. Marys et le fleuve Saint-Laurent pour régulariser le débit des lacs Supérieur et Ontario. L'organisme régit également les apports des lacs Long et Ogoki.

La seconde responsabilité est celle d'effectuer des études sur des problèmes spécifiques conformément à un mandat ou à des requêtes émanant des gouvernements. Les deux gouvernements décident de l'application des recommandations à la suite des études dont est chargée la CMI. Lorsqu'un mandat a été confié à la CMI, on a habituellement nommé un comité d'experts pour superviser l'étude et réaliser la recherche nécessaire. Un certain nombre d'études de ce type ont été entreprises durant l'existence de la CMI.

La troisième responsabilité est celle de servir d'arbitre dans des conflits spécifiques qui peuvent surgir entre les deux gouvernements, à propos des eaux limitrophes. Ces gouvernements peuvent soumettre tout sujet de litige à la Commission, qui prend la décision finale. Cette procédure exige l'approbation des deux gouvernements, et n'a jamais été employée.

Outre ces pouvoirs spécifiques attribués conformément au traité de 1909, la CMI a indiqué une procédure de surveillance des progrès accomplis, en conformité avec les accords de 1972 et 1978 sur la qualité de l'eau. À cette fin, deux comités consultatifs permanents ont été établis.

Le Conseil de la qualité de l'eau est le principal conseiller de la Commission, et se compose principalement du personnel et des organismes de contrôle fédéraux et de ceux des États et provinces, choisis en nombre égal dans l'un et l'autre pays. L'une de ses responsabilités consiste à promouvoir la coordination des programmes relatifs aux Grands Lacs, entre les divers paliers de gouvernement.

Le Conseil consultatif scientifique est principalement constitué d'experts du gouvernement et des universités, qui conseillent le Conseil de la qualité de l'eau et la CMI sur les découvertes scientifiques et les besoins en matière de recherche. Outre le Conseil consultatif scientifique, le Conseil des gestionnaires de la recherche des Grands Lacs a été formé afin de fournir des conseils, un appui et un service d'évaluation efficaces à l'égard de programmes de recherche concernant les Grands Lacs. Ces deux comités ont des structures complexes et comportent en particulier des comités spéciaux, des groupes de travail et groupes d'étude qui examinent les problèmes spécifiques.

La CMI s'appuie sur le travail effectué par les divers paliers des deux gouvernements et par la communauté universitaire. Elle dispose d'un bureau dans chacune des capitales nationales, et d'un bureau régional des Grands Lacs (Great Lakes Regional Office), à Windsor, en Ontario. Le bureau des Grands Lacs assure un soutien administratif et technique aux deux commissions, et un service d'information public sur les programmes de la Commission.

La commission des pêcheries des Grands Lacs

Durant les années 1950 et 1960, les problèmes touchant les Grands Lacs ont atteint leur apogée. La lamproie de mer, un parasite, avait décimé les pêches, à mesure qu'elle envahissait les voies navigables et cours d'eau. En 1955, la Commission binationale des pêcheries des Grands Lacs a été établie pour trouver un moyen de lutte contre la lamproie. Vers la fin des années 1970, les populations de lamproie avaient été réduites de 90 %, grâce à l'emploi de produits chimiques sélectifs qui tuaient les larves dans les cours d'eau. Depuis, la Commission a étendu ses activités à la remise en état des pêches sur les lacs, et à la coordination des efforts du gouvernement visant à reconstituer les populations de poissons par alevinage.

Accord de 1972 sur la qualité de l'eau des Grands Lacs

La destruction des poissons, comme c'est le cas ici, entraine la reaction des citoyens qui exigent que l'on prenne des measures correctives pour ameliorer la qualite de l'eau dans les Grands Lacs
La destruction des poissons, comme c'est le cas ici, entraîne la réaction des citoyens qui exigent que l'on prenne des mesures correctives pour améliorer la qualité de l'eau dans les Grands Lacs. (CCEI, Burlington (Ontario).)

Dans l'Accord sur la qualité de l'eau des Grands Lacs, des objectifs communs ont été établis sur la qualité de l'eau que doivent atteindre les deux pays et trois mesures qui doivent être appliquées par l'un et l'autre ont été précisées. La première est la lutte contre la pollution, à laquelle chaque pays a accepté de participer conformément à ses propres lois. Le principal objectif a été la réduction des taux de phosphore à au plus 1 p.p.m. (mg par litre) dans les déversements effectués par les grandes installations de traitement des eaux usées dans les lacs Érié et Ontario, en même temps que l'imposition de nouvelles limites à l'industrie. Parmi les autres objectifs, figure l'élimination du pétrole, des résidus solides visibles et d'autres nuisances.

La seconde étape est la recherche sur les problèmes touchant les Grands Lacs, recherche que doit effectuer chaque pays tout d'abord individuellement, puis en collaboration avec l'autre. Les deux pays ont établi de nouveaux programmes de recherche sur les Grands Lacs. La recherche faite en collaboration a surtout porté sur les problèmes de pollution des Grands Lacs supérieurs et sur la pollution due à l'exploitation des terres et à d'autres sources.

La troisième étape était la surveillance et l'observation, en vue d'identifier les problèmes et de mesurer les progrès accomplis dans la résolution de ces problèmes. Initialement, on mettait l'accent sur la chimie de l'eau et l'on indiquait les taux de polluants. Maintenant, le plan de surveillance est conçu de façon à évaluer l'état de l'écosystème des Grands Lacs, et dépend de plus en plus de l'observation des effets de la pollution sur les organismes vivants.

L'Accord prévoyait un examen des objectifs après cinq ans, et la négociation d'une nouvelle entente portant sur des objectifs différents, si nécessaire. On était parvenu à des résultats tangibles en 1977, date à laquelle on a fait un examen d'ensemble de la situation. La quantité total d'éléments nutritifs déversés dans les lacs avait été réduite de façon notable. L'eutrophisation, la contamination bactérienne et les nuisances plus évidentes d'origine anthropique, avaient décliné dans les cours d'eau et les eaux littorales. Toutefois, la recherche et le programme de surveillance et d'observation avaient révélé l'existence de nouveaux problèmes résultant de la présence de produits chimiques toxiques.

En de nombreux endroits, avaient été diffusés des avertissements selon lesquels la consommation de certaines espèces de poissons présentait un danger pour la santé publique. La vente de certaines espèces a été interdite, celles-ci contenant des taux dangereux de BPC, de mercure et, plus tard, de Mirex et d'autres produits chimiques. En 1975, la découverte de taux élevés de BPC chez des truites fardées provenant d'Isle Royale dans le lac Supérieur, a démontré que des produits chimiques toxiques étaient transportés à grande distance dans l'atmosphère jusqu'aux lacs. Cette situation, et les résultats d'études réalisées après l'Accord de 1972, ont préparé l'importante étape ultérieure de la gestion des Grands Lacs.

De l'étude sur les lacs supérieurs, on a conclu qu'il fallait établir pour les lacs Huron, Michigan et Supérieur des objectifs concernant la réduction des taux de phosphore. Ceci est un progrès significatif, puisque l'on identifie les Grands Lacs comme un écosystème unique et que l'on réclame des objectifs de gestion conjointe pour le lac Michigan et ses tributaires, jusque là non considérés comme des eaux limitrophes.

On a désigné par le terme GCPUT (Groupe de consultation sur les pollutions dues aux utilisations des terres) l'étude sur la pollution due à l'utilisation des terres et à d'autres sources non ponctuelles de pollution. Cette étude a démontré que les ruissellements d'eau traversant des régions agricoles et des régions urbaines influaient sur la qualité de l'eau des Grands Lacs. Ce détail significatif a confirmé qu'il ne suffirait pas de limiter les déversements directs de produits polluants à partir de sources ponctuelles dans les Grands Lacs et les tributaires, pour atteindre les objectifs de qualité des eaux. Ils ont aussi montré le besoin de réduire dans les Grands Lacs la pollution de source non ponctuelle résultant dans les Grands Lacs la pollution de source non ponctuelle résultant du ruissellement superficiel et des retombées atmosphériques.

L'expérience obtenue grâce à l'accord de 1972 a démontré que malgré les problèmes complexes de juridiction, une gestion conjointe binationale, c'est-à-dire exercée par le Canada et les États-Unis, permettrait de mieux protéger les Grands Lacs qu'une gestion exercée par l'un ou l'autre pays seul. En 1978, un nouvel Accord sur la qualité de l'eau des Grands Lacs a été signé, qui conservait les éléments essentiels du premier accord et s'appuyait sur les résultats antérieurs, en établissant une nouvelle étape de gestion conjointe.

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Accord de 1978 sur la qualité de l'eau des Grands Lacs

Les navires de recherche recueillent des echantillons d'eau dans le cadre du Plan international de surveillance des Grands Lacs
Les navires de recherche recueillent des échantillons d'eau dans le cadre du Plan international de surveillance des Grands Lacs. (P. Bertram, Great Lakes National Program Office, U.S. EPA, Chicago (Illinois).)

Comme l'Accord de 1972, ce nouvel accord portait sur des objectifs communs d'amélioration de la qualité de l'eau, sur le renforcement de la lutte antipollution dans tout le bassin, et sur la continuation de la surveillance par la CMI. Dans le cadre de meilleures mesures antipollution, l'Accord de 1978 prévoyait que l'on établisse des charges cibles concernant les taux de phosphore dans chaque lac, et que l'on élimine à toute fin pratique les déversements de produits chimiques. Les charges cibles représentent une étape vers un nouvel objectif de gestion, que l'on appelle maintenant méthode basée sur l'analyse de l'écosystème .

Contrairement à l'accord précédent qui prévoyait que l'on protège les eaux des Grands Lacs, l'Accord de 1978 prévoit que l'on rétablisse et que l'on conserve l'intégrité chimique, physique et biologique des eaux de l'écosystème du bassin des Grands Lacs. On définit l'écosystème comme ...les composantes inter-reliées, à savoir l'atmosphère, la terre et l'eau, et les organismes vivants y compris l'homme, à l'intérieur du bassin hydrographique du fleuve Saint-Laurent.

En demandant que l'on établisse des charges cibles pour le phosphore, l'Accord de 1978 a introduit la notion de bilan de masse dans le système de gestion des Grands Lacs. Une charge cible est le taux auquel ne se manifeste pas d'effet indésirable, en particulier la surproduction d'algues et l'apparition de conditions d'anoxie au fond es lacs. Dans la méthode du bilan de masse, on calcule la quantité de polluant restant active après l'évaluation de toutes les sources et pertes de ce polluant. On considère toutes les sources de phosphore, en vue d'établir les mesures antipollution nécessaires pour atteindre la charge cible de ce produit. Autrefois, pour réduire les taux de phosphore, on établissait des limites relatives aux déversements d'effluents, de façon à réduire la pollution résultant de déversements directs. Pour déterminer le niveau de mesures antipollution qui permettrait de protéger l'intégrité de l'écosystème, on emploie des modèles mathématiques pour déterminer les charges cibles basées sur le bilan de masse.

L'Accord de 1978 demandait que l'on réduise à pratiquement zéro les déversements de produits chimiques toxiques rémanents, en raison des dommages graves et irréversibles que produit la bio-concentration des substances toxiques présentes à de très faibles taux dans l'eau. Ces effets comprennent des malformations congénitales et des échecs de reproduction chez les oiseaux, et des tumeurs chez les poissons.

La réussite des efforts visant à réduire les charges de phosphore, conformément à l'Accord sur les Grands Lacs, a été pour le monde entier un modèle de gestion binationale des ressources. Grâce à l'emploi de la méthode du bilan de masse appliquée au phosphore, on a pu passer à l'étape beaucoup plus difficile de la lutte contre la contamination par les produits toxiques. Pour réaliser d'autres progrès dans l'élimination de la pollution résultant des erreurs du passé, et pour empêcher toute dégradation de l'environnement à l'avenir, il faudra entièrement appliquer la méthode de gestion basée sur l'analyse de l'écosystème.

Accord de 1987 sur la qualité de l'eau des Grands Lacs

L'Accord a été modifié en 1987 pour raffermir les dispositions administratives, pour exiger l'élaboration d'objectifs et d'indicateurs pour l'écosystème, et pour mettre l'accent sur les sources non ponctuelles de pollution, les sédiments contaminés, les substances toxiques dans l'atmosphère, et la pollution provenant des eaux souterraines contaminées. Parmi les nouvelles méthodes de gestion, citons les plans d'assainissement pour les secteurs préoccupants et les plans d'aménagement panlacustre pour les polluants critiques.

On a voulu renforcer la méthode de gestion basée sur l'analyse de l'écosystème en demandant l'élaboration d'objectifs et d'indicateurs de l'écosystème et concentrant les plans d'assainissement et d'aménagement sur l'élimination des obstacles aux usages bénéficiaires. Ces usages comprennent divers aspects de la santé humaine et des biotes aquatiques, et portent particulièrement sur l'habitat. En orientant clairement les activités de gestion vers des points culminants du système biologique, on élargit le sens de l'objectif de rétablir et de maintenir l'intégrité de l'écosystème du bassin des Grands Lacs.

L'Accord visant à élaborer des plans d'aménagement panlacustre incorpore un engagement à produire un échéancier pour réduire les charges de polluants critiques introduits dans les lacs en vue d'atteindre les objectifs sur la qualité de l'eau et de rétablir les usages bénéficiaires. On applique ainsi la notion de bilan de masse élaboré pour le phosphore au contrôle des substances toxiques dans les Grands Lacs. Bien que l'objectif soit l'élimination totale des substances toxiques du bassin des Grands Lacs, on pourra utiliser la méthode de bilan de masse pour fixer les priorités et orienter les efforts antipollution.

Dispositions nationales particulières concernant la gestion des Grands Lacs

L'Entente sur la qualité de l'eau des Grands Lacs reconnaît que l'application des méthodes de contrôle, ainsi que la recherche et la surveillance, doivent continuer à être réalisées par les deux pays dans le cadre de leurs structures législatives et administratives individuelles.

En raison des obligations que leur impose l'entente, les deux gouvernements ont établi des programmes spéciaux relatifs aux Grands Lacs.

Au Canada, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique investit le gouvernement fédéral du pouvoir d'administrer les voies navigables et les eaux internationales, tandis que la lutte contre la pollution et la gestion des ressources naturelles sont principalement du ressort des provinces. En conséquence, l'initiative d'établir des objectifs de qualité de l'eau conformément à l'Entente sur la qualité de l'eau des Grands Lacs vient à la fois du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux, tandis que leur application est surtout la responsabilité des provinces.

La Loi sur les ressources en eau du Canada prévoit des ententes fédérales et provinciales définissant les responsabilités des deux paliers de gouvernements. L'entente entre le Canada et l'Ontario prévoit l'entreprise conjointe des mesures exigées aux termes de l'Entente sur la qualité de l'eau des Grands Lacs.

En 1988, on a produit la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (LCPE) pour établir un cadre législatif propre à régir les substances toxiques. Par exemple, grâce à cette loi, les dioxines et les furannes seront à toute fin pratique éliminés des effluents d'usines de pâtes et papiers.

Au niveau fédéral, l'organisme responsable est Environnement Canada. Le ministère des Pêches et des Océans est un important collaborateur et offre un appui scientifique et de recherche au programme canadien des Grands Lacs. Parmi les autres ministères fédéraux directement engagés dans ce programme figurent le ministère de la Santé, Agriculture et Agro-alimentaire Canada, Transports Canada et le ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux.

Le ministère de l'Environnement et de l'Énergie de l'Ontario (MEEO) est le principal organisme assumant au niveau provincial la responsabilité de la qualité de l'eau. Le MEEO est chargé de définir individuellement les ordres de mesures antipollution adressés à chaque industrie effectuant des déversements. Il assure aussi le financement du traitement des eaux résiduaires urbaines. Pour sa part, le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario aide à diriger la gestion des pêches, des forêts et de la faune.

Aux États-Unis, de nombreuses lois fédérales sur l'environnement s'appliquent aux lacs, y compris la Clean Water Act (Loi sur la qualité de l'eau), la Resource Conservation and Recovery Act (Loi sur la conservation et la remise en état des ressources), la Toxic Substances Control Act (Loi antipollution sur les substances toxiques), la Comprehensive Environmental Response and Recovery Act (Superfund) (Loi globale sur les mesures de réponse aux problèmes écologiques et sur la remise en état de l'environnement (Fonds spécial)) et la National Environmental Policy Act (Loi sur la politique environnementale nationale). Ces statuts définissent le pouvoir fédéral de réglementation, mais c'est la politique fédérale qui délègue les pouvoirs de réglementation aux gouvernements des États, toutes les fois que c'est possible. Les États disposent de leurs propres lois, et interviennent en employant à la fois leur propre financement et celui du gouvernement fédéral.

Deux considérations déterminent le niveau de contrôle exigé par les lois des États-Unis. La première est que tous les organismes municipaux et industriels effectuant des déversements, respectent des normes antipollution minimales établies au niveau national. Deuxièmement, si d'autres limites sont nécessaires pour satisfaire aux normes environnementales locales, on pourra imposer des limites plus strictes.

La U.S. Environmental Protection Agency (EPA) (Office de protection de l'environnement des É.-U.) est le principal organisme responsable de veiller à ce que les États-Unis respectent leurs obligations, en conformité avec l'entente sur les Grands Lacs. De nombreux autres organismes ont aussi des rôles importants, en particulier le Fish and Wildlife Service (Service de la pêche et de la faune), le U.S. National Biological Service (Service biologique national des É.-U.) et la Coast Guard (Garde côtière) des États-Unis.

Le gouvernement fédéral appuie la recherche sur les Grands Lacs par l'intermédiaire de plusieurs organismes. Le Great Lakes National Program Office (Bureau de programme national sur les Grands Lacs), par les bureaux régionaux de l'EPA à Chicago, assure le financement de la recherche appliquée et coordonne ses activités avec les laboratoires de recherche de l'EPA à Grosse Ile au Michigan à Duluth au Minnesota, et ailleurs.

La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) (Administration nationale chargée de l'étude de l'océan et de l'atmosphère) dispose d'un laboratoire de recherche environnementale sur les Grands Lacs, et le U.S. Fish and Wildlife Service (Service de la pêche et de la faune des États-Unis) dispose de laboratoires au National Fisheries Center (Centre national des pêches) à Ann Arbor, au Michigan. Le Army Corps of Engineers (corps des ingénieurs de l'armée américaine) réalise la recherche à la fois sur la qualité et la quantité des eaux. Une série de programmes du Sea Grant College est subventionnée par l'État et le gouvernement fédéral, dans des universités de sept des États des Grands Lacs.

Intervention des gens du milieu

Photo: Little River Enhancement Group - Windsor, Ontario
(Little River Enhancement Group, Windsor, Ontario.)

Les communautés, les groupes locaux et les particuliers jouent un rôle clé dans la gestion des Grands Lacs. Le processus commence lorsque les particuliers et les familles prennent des mesures en tant que consommateurs, recycleurs, surveillants du voisinage et promoteurs de santé. Les organisations non gouvernementales se chargent de l'éducation du public, des projets populaires et de conseiller les gouvernements. Les entreprises doivent quant à elles gérer leurs opérations de façon écologique et soutenable, en agissant comme partenaires de la communauté et des gouvernements, et en respectant les règlements existants ou qu'elles se fixent elles-mêmes. Les meilleures méthodes de gestion exigent le partenariat des divers secteurs publics.

Les gens participent aux prises de décisions locales par le biais de groupes comme les comités publics consultatifs dans les zones à surveiller ou de groupes communautaires du bassin des Grands Lacs qui exercent des pressions pour accélérer les changements. Les résidents saisissent l'occasion de participer aux séances ouvertes et aux consultations communautaires, afin de se renseigner et d'offrir leurs opinions sur les questions prioritaires.

Les particuliers et les communautés jouent une part active en participant aux activités de nettoyage de plages, entre autres, et ou aux projets de rétablissement des bassins-versants et habitats locaux. Les nouveaux styles de vie comme le recyclage, l'élimination responsable de produits domestiques et d'automobiles, et les activités moins polluantes contribuent tous à réduire et à prévenir la pollution.

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Méthode de gestion basée sur l'analyse de l'écosystème

Longue-Pointe, dans le lac Erie, est un exemple d'un ecosysteme riche in biodiversite
Longue-Pointe, dans le lac Érié, est un exemple d'un écosystème riche en biodiversité. (Earth Images Foundation, St. Catherines, Ontario.)

Ayant atteint un meilleur degré de compréhension des nombreux facteurs inter-reliés et inter-dépendants qui régissent la santé écologique des Grands Lacs, on a décidé d'adopter la méthode de gestion basée sur l'analyse de l'écosystème. Cette méthode ne dépend pas d'un programme ou d'une action donnée. Elle représente plutôt une attitude globale et interdisciplinaire, qui aboutit à une interprétation large de sa signification pratique. Toutefois, certaines caractéristiques fondamentales marquent cette méthode. 

Tout d'abord, elle représente une vue large et systémique de l'interaction entre les composantes physiques, chimiques et biologiques du bassin des Grands Lacs. L'emploi d'indicateurs biologiques pour observer la qualité de l'eau et les variations de l'écosystème aquatique, reflète l'interdépendance des formes de vie des lacs et des caractéristiques chimiques et physiques de l'eau. Comme exemples, citons l'emploi des oeufs de goélands argentés comme indicateurs des polluants toxiques, de prolifération d'algues comme indicateurs d'une destruction de l'habitat. Pour la surveillance biologique d'une toxicité chronique, on peut employer le zooplancton et le phytoplancton en vue de mesurer les effets d'une exposition à long terme à de faibles taux d'un produit chimique toxique, sur la croissance et la reproduction.

Deuxièmement, la méthode de l'écosystème est géographiquement complète, et couvre l'écosystème entier y compris les terres, l'atmosphère et l'eau. L'importance que l'on attribue désormais aux apports atmosphériques de polluants et à l'incidence de l'exploitation des terres sur la qualité de l'eau, met en évidence le vaste champ des plans de gestion nécessaires à l'application de la méthode de l'écosystème.

Finalement, cette méthode inclut les êtres humains comme facteur central de la bonne santé de l'écosystème. Ceci suggère que l'on doit tenir compte des variables sociales, économiques, techniques et politiques qui influent sur les modes d'exploitation des ressources naturelles. On doit aussi considérer la culture humaine, les changements des styles de vie et attitudes, en raison de leurs effets sur l'intégrité de l'écosystème.

La méthode de l'écosystème représente un changement par rapport à l'attitude antérieure qui consistait à mettre l'accent sur la pollution localisée, à gérer séparément les composantes de l'écosystème considérées de façon isolée, et à planifier sans tenir compte des profondes influences de l'exploitation des terres sur la qualité des eaux. Elle constitue un cadre de référence pour formuler des décisions qui obligeront les gestionnaires et planificateurs à coopérer à la mise au point d'une stratégie intégrée de recherche et de mesure visant à rétablir et à protéger l'intégrité de l'écosystème des Grands Lacs. L'utilisation de programmes de gestion prenant en compte l'écosystème dans son ensemble est récente mais elle progresse.

 


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